Mon père et ma mère formaient un couple détonant...on aurait pu penser, "ils ne vont pas ensembles".

Ma mère ,petite et ronde, toujours affairée, vive, trottante, joyeuse, sans coquetterie affichée, tablier propret sur une robe de coton à petites fleurs,.... des paquerettes  je crois....un col Claudine....une femme modeste en somme.

Sa fierté,c' était ses enfants, son mari, ....elle n'avait de cesse de les savoir en bonne santé!.Tous les matins, elle prenait un malin plaisir à appeler mon père:

- Mais que fais tu à la salle de bain, cela doit bien faire une heure!!!

Il faut dire que mon père ,était  un homme coquet, soucieux de sa personne, toujours tiré aux quatre épingles,....ma mère se moquait de lui  gentiment.... il sortait de la salle de bain auréolé des effluves de l'eau de Cologne du Mont St Michel , elles venaient embaumer notre café au lait. Pour le taquiner, on l'appelait, "Monsieur le Ministre", titre honorable chez les gens de condition  modeste.Si nous n'avions pas eu notre café au lait au parfum du Mont St Michel, certainement cela nous aurait beaucoup manqué.....

Son souci ,c' était ses enfants, sa  femme et la réussite dans nos études encore balbutiantes.

Son métier,"tailleur sur mesure", disparut avec  l'apparition du prêt à porter., ce  fut un drame pour notre survie alimentaire. ...jour et nuit il s'échinait sur sa machine à coudre.....ce fut notre berceuse enfantine....tac...tac....tac, a la lueur d'une faible ampoule, il y abima sa vue.

Il confectionnait nos vêtements afin d'affronter l'hiver rigoureux , chaudement vêtues,.... de cette époque,. je garde un souvenir cuisant.

A l'entrée de l'hiver, ma mère, sur le marché, marchandait des coupons de tissu,... elle avait déniché un drap de laine épais, avec d'énormes carreaux verts et jaunes! le perroquet de la voisine ne l'aurait pas renié...alors avec amour et professionnalisme mon père  confectionnait  pour ma soeur et moi, presque jumelles, des ensembles,... manteau pantalon.....bien sùr il les confectionnait au dernier moment et l'instant de les porter venu, ils n'étaient pas terminés:

-je l'entend encore me dire: surtout ne tire pas sur la manche, elle est bien faufilée...je la piquerai ce soir!

Et nous avons pris le chemin de l'école, petits cacatoes jaunes et verts, rasant les murs...honteuses...éplorées...désespérées...moi, un bras ballant .... fallait surtout pas tirer sur la manche faufilée.... Depuis ces temps mémorables la mode des carreaux a fait fureur, nous avions un peu d'avance, c'est tout.

L'Obéissance aux parents était un principe de rigueur.

Au retour, ma mère  attendait, nos pantoufles au chaud dans le four tiédi, un  bol fumant de chocolat au lait sur la table, où tronait la boite de Banania en fer, jaune et rouge , et le large sourire de Monsieur Banania si réconfortant....

Notre infortune vestimentaire n'était plus qu'un vague souvenir évaporé dans le fumet d'un bol chocolaté ,l'amour de ma mère nous enveloppait....

Comme je vous le disais, ils n'avaient pas l'air d'aller ensemble "ces deux là", mais ils avaient besoin l'un de l'autre pour exister.

                                                                             

MICJI