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Tableau de Pissaro

Le jeudi.....

 

La ville s'affairait d'un côté, la campagne musait de l'autre, nous habitions juste entre les deux. Les jeudi, il n'y avait pas d'école, c'était, aller à la découverte par les chemins rugueux et secs du pays caussenard

Ma mère préparait notre goûter, une tranche de pain de campagne rompue en deux, une bille de chocolat au milieu, parfois, les bons jours, venait s'ajouter une pomme tachetée. Le chocolat disparaissait toujours avant le pain, alors on arrachait l'ail sauvage dont s'embaumaient les prés,avec thym et romarin. Ainsi notre goûter avait le gout de l'aventure aillée.

- Allez, les enfants, soyez prudentes! votre père et moi , nous devons terminer ce costume pour le livrer demain....

Nos longs cheveux noirs et bouclés ornés d'un gros noeud en satin, frôlaient délicatement les cols en dentelle de nos robes, socquettes blanches, botillons noirs cirés...."les petites filles modèles" de Me de Sévigné nous auraient enviées.

Cette fois, nous décidions d'aller chez une dame que nous appelions " la mère Cheningan", c'était un nom difficile et imprononçable, nous l'avions simplifié.

- elle est d'origine Juive , disait mon père, toute sa famille a périe dans les camps, surtout ne lui en parlez pas, vous lui feriez beaucoup de peine!

Bien sùr nous ne comprenions pas ces histoires de grandes personnes.Je sais que mon père était un héros, il avait fait le maquis et il relatait pleins de faits étranges. un soir, des amis étaient à la maison, il racontait, que par erreur il avait tué une vache, cela bougeait dans les buissons et il a tiré, croyant faire peur.

- peut être, c'était un indien dit ma soeur!!...

Ainsi allions nous par les sentiers caillouteux et blancs chez "la mère Chenin

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- ne serre pas ma main si fort dis je à ma soeur

- j'ai mal au pied rechignait elle!

Ces petits botillons de l'époque étaient en cuir dur, épais et peu confortables. Arrivées devant le haut portail de fer surmonté de pointes d'acier, je tirais trés fort sur un cordon qui actionnait une cloche et chaque remontée de celui ci me faisait décoller du sol de quelques centimètres.

C'était vraiment une expédition héroique et effrayante.

La "mère Cheningan" était une femme grande et mince, toujours vétue de noir, ce qui ajoutait à son mystère, ses cheveux foncés, tressés en chignon la faisait ressembler à un hibou.

La maison, au fond d'un grand parc ,qu'il fallait traverser, semblait un chateau hanté.Nous frissonnions.Dans le parc , des massifs de buis disposés en demi lune cotoyaient de grands arbres qui caressaient le ciel, les jours de grand vent, ils devenaient des monstres hurlants et affamés,  causant à ce ciel, assurément, de grandes déchirures. Tout au fond, dans un coin , une croix modeste s'élevait.....un enfant qu'elle aurait perdu chuchotait on. C'était un secret.

Parfois, retenant notre souffle, nous pénétrions à l'intérieur,

- j'ai froid rechignait ma soeur......je la couvrais avec le gilet pied de poule marron et blanc que ma mère venait de tricoter.

C'était glacial, sans doute  madame Cheningan ne pouvait'elle  chauffer cette immensité avec une seule et immense cheminée flamboyante...., des grands tapis ondulaient sous nos pieds....les meubles s'élevaient si haut qu'on ne voyait pas le faite...., les portraits partout accrochés sur les murs, des gens tristes et gris, ils nous suivaient du regard, accusateurs et menaçants.

J'étais trés intriguée par un grand piano, jouait elle du piano?....notre imaginaire allait bon train.

- tu crois qu'il y a quelqu'un?

- chut! tais toi, elle cache peut être des morts....in fluencée par les récits de mon père .....la guerre n'était pas si loin aprés tout.

Elle apparaissait soudain, tel un fantome et nous faisait sortir promptement en nous offrant des bonbons à la sève de pin.Ils étaient délicieux.

La "mère Cheningan" aimait notre compagnie, partition joyeuse à sa solitude.

Assise, sur un vieux banc, protégé par les haies, nous feuilletions ensemble des albums de  cartes postales anciennes. Elle apportait une grande boite en fer décorée de personnages,  on pouvait deviner la fée Clochette ,Blanche Neige, Cendrillon...dans cette boite, on découvrait avec émerveillement des aiguilles, des fils de soie de toutes les couleurs et des cacahuettes dans leur cosse, un vrai trésor.Nous confectionnions des Dames aux longs cheveux de soie, des Mon sieurs à chapeaux ,en enfilant les cacahuètes ,ces poupées se balançaient en dansant au bout de nos doigts.

Nous jouions à cache cache dans les buis

- hou hou! tu me vois???

Tout cela était mystérieux et enchanteurs.

Au retour nous offrions nos poupées à notre mère.Elle nous embrassait.Nous lui avions manqué!

                                                                                  Micji

                                   

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