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L'Ecole primaire...

 

Je serrais la main de  ma soeur cadette , nous partions ainsi  les matins frileux, couvertes d'une cape grise,..... quand on tournait la tête, la capuche restait en place , et nos yeux trébuchaient sur l'épais drap de laine....au bout du bras encore fragile de l'enfance,  pendait un cartable lourd, en cuir dur où livres, cahiers, plumiers se cotoyaient....ainsi allions nous à l'école avec les recommandations sempiternelles de ma mère," .....soyez prudentes....marchez bien sur le trottoir.....tenez vous bien par la main.....ne vous arrêtez pas en chemin.......ne parlez pas à un inconnu..

."Si ma mère parlait ainsi c'est que nous devions courrir  de grands dangers, pensais je et tous les matins, courageusement, nous les affrontions !"

Pourtant l'école se trouvait  seulement à quelques  mètres de la maison familiale......, auclocher de l'église il était huit heures et vingt minutes.

On accédait à l'école par la cour, une immense cour au milieu  de laquelle s'étalait un énorme marroniers, sur un côté, le préau jouxtait les cabinets d'aisance et leurs odeurs se diffusaient avec persistance les jours  de chaleur ..... tout au fond , on apercevait l'entrée de la classe.

Huit heures trente s'égrenait au clocher....,la cloche de l'école retentissait au même moment.....nous formions au même instant, des rangs par deux pour intégrer notre classe, sans oublier de saluer la maitresse au passage.

La classe, une grande pièce, des pupitres alignés par rangés de deux, sur le dessus, un encrier en porcelaine blanche, une rigole où paradaient les portes plumes sergent Major, la gomme, les crayons,....  au dessous , un rayon de rangement pour les livres et les cahiers était aménagé.... Les pupitres  maculés de taches d'encre , témoignaient d' un passé tumultueux....enfin l'estrade en bois,  sur laquelle , en situation dominante tronait  le bureau de la maitresse......Un lourd tableau noir, immense,  faisait face à la classe, tous les matins , on pouvait y  lire une maxime différente sur la morale, par exemple:

"La discipline est une loi acceptée, elle doit être établie dans la famille, à l'école et dans la vie."

 

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Sur le mur défraichi et noirci, s'étendait une carte de France en couleurs et tous les départements.....les yeux rêveurs , je m'évadais un instant dans ce beau pays , la France ...,   je me demandais bien comment c'était , LA MER....là où c'était tout bleu sur la carte...moi,je l'avais imaginée de toute les couleurs ....

Un poêle à charbon servait de chauffage....la maitresse arrivait bien avant l'heure pour l'allumer , il fumait beaucoup,  la classe devait être tiède pour huit heures et demie...... Le soir à dix sept heures, ce sont les garçons qui avaient la lourde charge de remplir les seaux à charbon pour le lendemain.....

les filles en profitaient pour leur adresser une grimace moqueuse...

Souvent par grand froid, la chaleur s'avérait insuffisante, alors on travaillait vétues de nos manteaux. 

La maitresse avait eu cette idée géniale d'installer un rideau tout au fond de la classe,... derrière le rideau,bien dissimulé, un seau émaillé bleu clair tronait, seul, ....ce système de cabinet d'aisance intérieur avait pour fonction d' eviter à nos petites fesses d'être mordues par le froid dans le cas d'un besoin organique intempestif.

.....on entendait ricaner et chuchoter les garçons.....eux, ils n'iraient sûrement pas sur le seau, plûtôt faire "caca" à la culotte!!!!

Le matin, quelques minutes pour s'éveiller et disserter sur la morale du jour étaient nécessaires...., pensez donc !  la semaine était lourde! trente heures de cours par semaine, les devoirs copieux à rédiger et  apprendre le soir à la maison!....

La maitresse s'épuisait et s'évertuait pour maitriser une classe de cours élémentaires de différents niveaux, surcharchée, mixte et vivante. Elle était  veuve .,son mari  capitaine  des F.F.I de plusieurs départements s'était donné la mort lors d'une embuscade pendant la dernière guerre......, 

Cette histoire  nous éblouissait, et nous impressionnait, .....elle projetait sous nos yeux d'enfants l'image d'une institutrice , courageuse,combattante, respectable. Nous la vénérions,.... d'autant qu'elle arrivait toujours  chargée de pain et de barres de chocolat   pour distribuer aux plus démunis , ceux dont les parents n'avaient pas les moyens d'offrir un petit  goùter à leur progéniture. Dure époque!

On disait que l'école primaire était "l'école du peuple" et le secondaire "l'école des bourgeois", cette distinction m'agaçait......,

Il y avait les mauvais jours, ceux où je ne savais pas ma leçon, alors j'avais droit au "piquet", le nez contre le mur, dans un coin, demie heure durant......

Ce malheureux "piquet" recevait, a l'insu de la maitresse, une pluie de bouts de craies, atteris du fond de la classe, cela créait de grandes polémiques pleines d'éclats de rire joyeux et moqueurs:

- M'dam, c'est pas moi, c'est lui!

-M'dam, c'est elle, je l'ai vue!

Sanction générale et  sans appel de la maitresse: "Pas de récré aujourd'hui!"

Copie de nos 2 grandes

 

Cela voulait dire, pour les filles, pas de marelle, pas de colin maillard, pas de corde à sauter, pas de petites conversations entre copines....pour les garçons, pas de billes, pas de coups directs dans le ballon contre le mur.....

Je rentrais boudeuse à la maison et mon père, en me voyant savait:

" tu as été punie?......c'est que tu as dù le mériter! ,il ne me félicitait jamais mon père ,il était sévère,c'est toujours la maitresse qui avait raison..... il me mettait  alors une petite tape sur le derrière, on appelait ça, une fessée,... tout de même, c'est vexant. Pour finir, ma mère me faisait réciter mes leçons jusqu'à trés tard le soir et jusqu'à par coeur.

Il valait mieux savoir ses leçons dans ces temps là!

Il y avait aussi, les jours où l'inspecteur devait passer...nous étions paralysés de craintes.Ce jour là, nous arrivions à l'école, beaux comme des Anges, nos blouses noires à liserés rouges bien repassées,on avait tous la même, les cheveux brillantinés, les chaussures cirées, les leçons sans une hésitation.Nous voulions faire honneur à notre maitresse !

Mon père, qui donnait une grande importance à "l'instruction", me disait toujours, "si tu passes en sixième, tu auras un vélo"....j'en rêvais de ce vélo, il serait rouge avec une vitesse!......

C'était un grand privilège de posséder un vélo à cette époque là.

L'année suivante, je rentrais en sixième pour la fierté des parents , de ma maitresse et....pour le vélo, il était rouge avec des vitesses!

                                                                                                                                   MICJI

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